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samedi 23 février 2013

Conte - l'Encantat

= L'Encantat / l'Enchantée

Conte d'Ariège




Un còp èra... dans la commune de Montferrier, en face le hameau des Pigaillous, était une borde seulette aujourd'hui démolie. Là vivait un jeune homme, beau comme un Adonis, avec des cheveux blonds et frisés. On le disait fils d'une fada [hada / fée / folle], parce que, paraît-il, les frisés viennent de la famille des fées. Il s'appelait Guilhaumes.

Près de la ferme, à une portée de fusil du ruisseau qui descend de la forêt de Moulzonne, il y avait une grotte où vivaient cinq fadas, ou encantadas. Comme toutes les fées, elles s'en allaient chaque soir au ruisseau laver la lessive avec des battoirs en or ; et sur le matin, avant l'aube, elles rentraient dans la grotte. Aujourd'hui encore, on peut voir, au bord du ruisseau inclinées dans l'eau, les cinq pierres plates dont se servaient ces lavandières.

Un matin, Guilhaumes lo frisat / le frisé rencontra une fada qui s'était attardée au bord du ruisseau ; jeune, jolie et frisée comme lui. Ils se plurent, et dans peu de temps ils se marièrent. Les quatre autres fadas de la grotte furent invitées à la noce, mais ne se montrèrent que pendant la nuit et regagnèrent la grotte avant le jour.

Dès qu'ils se trouvèrent seuls, la jeune mariée dit à son mari :
- Ne m'appelle jamais fada, ni encantada, si tu veux que nous soyons heureux pour toujours !

De ce jour, la borde fut nommée "l'Encantada" / "l'Enchantée". Et, ma foi, les nouveaux mariés furent heureux... quelques temps du moins. Les récoltes étaient magnifiques, les blés bien en grain et le bétail prospère. Puis, deux enfants naquirent : deux jumeaux, un garçon et une fille, tous deux beaux et frisés comme le père et la mère. Rapidement, ils commencèrent à marcher et parler, et c'était plaisir que de les voir courir de tous côtés en pépiant comme deux mésanges.

Un jour de juillet, Guilhaumes partit une huitaine en voyage du côté de Carcassone.
- Lorsque je reviendrai, les blés seront mûrs et nous nous mettrons à moissonner, dit-il à sa femme.

Le lendemain soir, les fadas de la grotte vinrent trouver la femme de Guilhaume et lui dirent :
- Il te faut moissonner le blé au plus tôt si tu veux en tirer profit.
- Mais il n'est pas tout à fait mûr !
- Cela ne fait rien. Fais le moissonner dès demain. Nous autres savons qu'un orage de grêle va s'abattre sur le pays et qu'il va tout dévaster.

Et malgré que le blé fut un peu vert, elle le fit couper en totalité le lendemain. Lorsque Guilhaume rentra et vit son blé en moyettes, il dit à sa femme :
- Mon Diu, pauvrette ! Te voilà devenue folle / fada d'avoir fait moissonner le blé encore vert !
A ce mot de folle / fada, elle se mua en colombe, s'envola à tire d'aile... et le pauvre Guilhaume ne la revit plus...

Quand à son blé... malgré qu'il eût été moissonné un peu vert, il s'avéra bien joli, tandis que celui des fermes voisines, resté debout, fut anéanti par un orage de grêle tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil.

Guilhaume s'en allait chaque jour à son travail, et quand il rentrait chez lui, il trouvait le repas préparé sur la table, les enfants bien propres et soignés. Mais de femme, il n'en voyait jamais aucune. Et pourtant elle venait chaque jour à la borde pendant que Guilhaume était au dehors ; mais lorsque celui-ci rentrait, elle se muait en colombe et s'envolait.

A force l'homme eut l'idée de se cacher dans la maison ; et aussitôt que sa femme se présenta, il la saisit vivement et l'attacha au pied du lit. Mais, la fada eut tôt fait de se défaire des liens et de s'envoler de nouveau. Alors le pauvre Guilhaume ne la revit jamais, jamais...

E cric e crac,
Lo noste conte qu'ei acabat.

Collecté par Adelin Moulis auprès de sa grand'mère maternelle et Mme Labatut, 1948.
[d'après Contes Merveilleux des Pyrénées. Adelin Moulis, Ed. LACOUR, 1995]

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